En quoi le yoga peut-il amener des adolescents présentant des difficultés psychologiques, à avoir une meilleure connaissance d’eux-mêmes ?

Contexte

Selon l’OMS, de nombreux problèmes de santé mentale apparaissent à la fin de l’enfance et au début de l’adolescence. Il a pu être constaté dans des études menées récemment, que les problèmes de santé mentale, en particulier la dépression, sont la principale cause de morbidité chez les jeunes.
Une mauvaise santé mentale peut ainsi avoir des effets importants sur le développement des adolescents et la santé générale. Elle est associée à de graves conséquences sur le plan sanitaire et social, parmi lesquelles la consommation accrue d’alcool, de tabac ou de substances illicites, la grossesse adolescente, l’abandon de la scolarité et des comportements délinquants.

Les problèmes de santé mentale peuvent être prévenus.
Un développement sain au cours de l’enfance et de l’adolescence contribue à une bonne santé mentale et permet d’en prévenir ses problèmes.
Toujours selon l’OMS, 3 axes peuvent prévenir les troubles du comportement, l’anxiété, la dépression et les troubles alimentaires, ainsi que d’autres comportements à risque tels que certains comportements sexuels, l’abus de substances ou les comportements violents :
– Améliorer l’apprentissage de la sociabilité,
– Améliorer les capacités de résoudre les problèmes,
– Développer la confiance en soi.

Des études recherchant les effets thérapeutiques du yoga dans le traitement de l’hospitalisation psychiatrique des adolescents, ont été menées. Il a notamment pu être mis en évidence que le yoga peut aider les adolescents hospitalisés dans un service de psychiatrie, à apprendre à se calmer, à réguler leurs émotions et à trouver un soulagement face à la souffrance émotionnelle pendant l’hospitalisation.

Objectifs de l’étude

L’étude a porté sur deux groupes d’adolescents souffrant de difficultés psychologiques relationnelles d’ordre névrotique ou psychotique, en lien avec la problématique adolescente, dans un service de psychiatrie infanto-juvénile à Bruxelles. Chaque jeune avait une prescription hebdomadaire de 2 heures d’ateliers de yoga ; chaque groupe était composé de 4 à 5 jeunes (entre 14 et 18 ans).

L’objectif principal était de démontrer en quoi le yoga pouvait amener des adolescents présentant des difficultés psychologiques, à avoir une meilleure connaissance d’eux-mêmes.

Un programme adapté de yoga, à finalité d’éducation pour la santé a été mis en place et expérimenté ; il était en lien avec les problématiques répertoriées et les Compétences Psycho-Sociales à développer.
Le contenu des séances a été mesuré sur chacun des bénéficiaires, de manière quantitative et qualitative ; chaque séance comportait des outils de pilotage et d’évaluation ainsi que des critères de résultats.
Des outils de transmission de la pratique du yoga ont été élaborés, afin de développer chez les jeunes des compétences psychosociales, dans une perspective de préservation de l’intégrité physique, psychologique et sociale de chacun.

Conclusions de l’étude

Concernant les hypothèses initiales qui avaient été posées, 6 questionnaires ont pu être exploités, sur une base de 9 adolescents ayant participé à l’étude.
1) La pratique du yoga permet de développer l’estime de soi chez des adolescents en souffrance psychique :
– 80% des jeunes ont eu une évolution de l’estime de soi physique*, souvent conséquente
– 33% des jeunes ont eu une évolution de l’estime de soi social*.

* Les résultats ont pu être mesurés grâce à un outil construit sur la base de l’ETES (Échelle créée par Oubrayrie, De Leonardis et Safont (1994), composée de 60 items, répartis en 5 dimensions : soi émotion, soi social, soi scolaire/professionnel, soi physique et soi futur ou projectif. J’ai fait le choix de ne garder que le soi social et le soi physique, soit un total de 24 questions. Ceci a été motivé pour 2 raisons :
1) proposer un questionnaire plus court, comme conseillé, mais toutefois étayé ;
2) être en lien avec mes 2 hypothèses relatives à l’estime de soi et à l’amélioration des relations interpersonnelles.
Concernant l’ETES, les dimensions étaient définies comme suit :
 Soi physique : Il renvoie aux représentations des performances et aptitudes physiques, au sentiment de plaire
 Soi social : Il concerne la représentation des interactions avec autrui (famille, amis…) et du sentiment d’être reconnu socialement

– Les cours de yoga en groupe, avec des espaces cadrés de parole libre (retours sur l’expérience introspective lors de la pratique), permettent une amélioration des relations interpersonnelles :
Étant donné le contexte où le cadre devait constamment être rappelé, c’est une expérience qui a été finalement peu tentée.

Ces résultats quantitatifs sont bien sûr à considérer avec les nombreux biais, que ce soit par le remplissage unique des questionnaires ou la non-prise en compte des événements et interactions dans la vie du service, avec les différents intervenants et entre les jeunes eux-mêmes.

Mais il ressort de cette étude à travers les questionnaires réalisés à chaque début et fin de séance, que les ateliers ont globalement plu, excepté pour 1 jeune, avec majoritairement un indicateur positif pour la notation de l’atelier en fin de cours.
De même, a pu être mesurée une évolution positive globale en terme de bien-être physique, respiratoire et émotionnel après les séances.

Il n’y a toutefois pas eu d’auto-évaluation significative, en faveur d’une meilleure connaissance de soi après les 6 séances.

Certains jeunes ont pu profiter de ce temps de yoga, où le jugement n’a pas de place. J’ai eu la joie de les observer accueillir la proposition du « chemin vers soi », avec une attention portée au geste qui se place sur la respiration, vers plus de conscience de ce qu’il se passe en eux ; et d’être dans cet espace, où des règles (yama et niyama) sont posées, comme se respecter soi-même, les autres, prendre soin de soi et de l’environnement, en sécurité.
Pour des jeunes en quête d’identité, de liberté et de repères, ces moments vécus ont renforcé ma conviction que le yoga est un des vecteurs qui peut soutenir ces adolescents souffrant psychiquement et qu’il peut contribuer à leur permettre de s’éveiller à eux-mêmes, de mieux se connaître, de mieux s’estimer, dans un espace de liberté, sur le chemin des responsabilités et du discernement.

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